Le livre Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi de Michel Odoul peut changer notre manière de regarder le corps. Je ne l’ai pas ouvert pour y trouver une vérité définitive sur les douleurs ou les maladies. Pourtant, certaines correspondances entre le corps et notre vécu ont rapidement fait écho à des expériences personnelles récentes.
À cette période, une personne de mon entourage m’avait conseillé de m’intéresser au shiatsu et au travail de Michel Odoul. J’ai donc commencé par découvrir ce livre. Très vite, une idée nouvelle pour moi est apparue : une douleur pouvait-elle aussi être interrogée à partir de ce que nous vivons ?
Depuis, cette question occupe une place importante dans mon cheminement. Je ne considère pas pour autant qu’une douleur possède forcément une origine émotionnelle. Je ne remets pas non plus en cause la nécessité d’un suivi médical. En revanche, cette lecture m’a appris à me demander : qu’est-ce que je suis en train de vivre au moment où mon corps se manifeste ?
Un livre découvert au moment où certaines questions commençaient à émerger
Ma première réaction en lisant Michel Odoul a été de repenser à une douleur que j’avais connue quelques semaines auparavant. À ce moment-là, je traversais une situation qui ne me convenait pas et face à laquelle je ne savais pas vraiment comment agir. Avec le recul, j’avais remarqué que la douleur avait disparu lorsque cette période s’était terminée, sans réapparaître ensuite de la même manière.
Cela ne permet évidemment pas de conclure que cette situation était la cause de ma douleur. Pourtant, lorsque j’ai découvert la grille de lecture proposée dans Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, cette coïncidence m’a interpellé. Pour la première fois, je me suis demandé si mon corps n’avait pas accompagné, à sa manière, quelque chose que je vivais intérieurement.
C’est probablement là que ce livre a commencé à produire son effet sur moi. Il ne m’a pas seulement apporté des correspondances entre une partie du corps et une difficulté supposée. Il m’a surtout donné envie d’observer davantage le contexte dans lequel certaines douleurs apparaissent.
Depuis, ce réflexe est resté.
Quelle lecture du corps Michel Odoul propose-t-il ?
Michel Odoul est praticien de shiatsu et fondateur de l’Institut Français de Shiatsu. Il relie son travail à plusieurs influences, notamment la médecine traditionnelle chinoise, la psychologie et une lecture énergétique du corps. Son éditeur présente Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi comme un ouvrage destiné à apprendre à « décoder le langage du corps ».
L’idée générale est assez simple à comprendre. Michel Odoul propose de chercher, derrière certaines douleurs, certains traumatismes ou certaines maladies, l’existence éventuelle de tensions plus profondes. Dans cette conception, le corps ne serait donc pas seulement un organisme qui tombe en panne. Il pourrait aussi devenir un espace où certaines difficultés intérieures trouvent une forme d’expression.
L’ouvrage s’appuie également sur une conception du « chemin de vie ». Dans la préface reproduite par l’éditeur, la médecine orientale est présentée comme considérant certains troubles comme l’expression d’obstacles rencontrés sur ce chemin. Michel Odoul développe ainsi une lecture psychoénergétique du corps. Ce qui lui arrive pourrait alors inviter à s’interroger sur ce que nous traversons intérieurement.
Il faut cependant bien préciser le cadre de cette proposition. Cette approche ne permet pas d’établir médicalement pourquoi une personne souffre d’une sciatique, d’une migraine ou d’une maladie. Il s’agit d’une grille de lecture symbolique et psychoénergétique, issue de la pratique et de la conception développées par l’auteur.
C’est justement en gardant cette distinction à l’esprit que le livre me paraît le plus intéressant.
Quand une douleur devient aussi une question
Ce qui m’a marqué dans cet ouvrage, c’est la précision avec laquelle Michel Odoul relie certaines zones du corps à différentes problématiques de vie. Il ne se contente pas de dire que « les émotions agissent sur le corps ». Il développe un véritable système de correspondances, en tenant compte notamment de la zone concernée et de la manière dont certaines tensions pourraient s’y manifester.
J’ai par exemple retenu plusieurs associations autour de la nuque, des bras et des mains. La nuque m’avait particulièrement interpellé par son lien possible avec le passage entre la pensée et l’action. Une personne très cérébrale, avec beaucoup d’idées mais des difficultés à les concrétiser ou à les exprimer, pourrait ainsi s’interroger sur cette zone. J’avais aussi retenu, pour les bras et les mains, une symbolique liée à l’action, à notre capacité à faire ou au sentiment d’être empêché.
Je présente volontairement ces exemples comme ce que j’ai retenu de ma lecture, et non comme des règles à appliquer à quelqu’un d’autre. Le livre est dense, et je ne prétends pas restituer ici toutes les nuances de la grille proposée par Michel Odoul. Son Lexique de “Dis-moi où tu as mal” va d’ailleurs plus loin en regroupant de nombreuses maladies et traumatismes selon cette approche.
C’est aussi pour cette raison que je ne souhaite pas transformer cet article en résumé détaillé. Si ces exemples éveillent quelque chose chez le lecteur, l’intérêt est justement d’aller découvrir par lui-même la logique développée dans le livre.
Pour ma part, une habitude est née de cette lecture. Lorsqu’une personne me parle aujourd’hui d’une douleur précise, je repense assez vite à certaines correspondances. Je me demande intérieurement ce qu’elles pourraient évoquer, mais je garde généralement cette réflexion pour moi.
Dire à quelqu’un : « Tu as mal ici parce que tu vis cela » me semblerait beaucoup trop affirmatif. Nous ne connaissons ni son histoire complète ni la cause médicale de sa douleur. Une grille symbolique peut éventuellement aider à s’interroger. En revanche, elle ne donne pas le droit d’expliquer à la place de quelqu’un ce qui lui arrive.
Un livre que l’on ne lit probablement pas qu’une seule fois
Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi fait partie, à mes yeux, de ces ouvrages que l’on peut reprendre plusieurs mois ou plusieurs années plus tard sans avoir l’impression de lire exactement le même livre. Le texte, bien sûr, n’a pas changé, mais nous, oui.
À chaque période de notre vie, certaines pages nous parlent davantage que d’autres. Nous pouvons passer rapidement sur une idée lors d’une première lecture, puis la redécouvrir plus tard. Elle entre alors parfois en résonance avec une situation que nous sommes en train de traverser.
C’est aussi un ouvrage particulièrement dense. Je n’ai pas mémorisé toutes les correspondances proposées par Michel Odoul, loin de là. J’en ai retenu certains grands principes et quelques associations marquantes. Pourtant, j’ai encore aujourd’hui le sentiment d’avoir beaucoup à y découvrir.
Je prévois d’ailleurs de le relire. Mon objectif ne sera pas d’apprendre par cœur une sorte de dictionnaire des douleurs. J’aimerais surtout voir ce que j’y percevrai aujourd’hui, avec le chemin parcouru depuis ma première lecture.
Cette manière de lire explique aussi pourquoi je ne conseillerais peut-être pas cet ouvrage à tout le monde au même moment. Une personne totalement fermée aux approches énergétiques ou symboliques pourrait rapidement rejeter le livre en bloc. Ce n’est pas forcément un problème, car chacun possède son propre regard et son propre cheminement.
En revanche, cet ouvrage peut devenir une porte d’entrée intéressante pour quelqu’un qui commence déjà à s’interroger. Il peut notamment parler à ceux qui questionnent les liens entre le corps, les émotions, le stress et ce qu’ils traversent intérieurement.
Michel Odoul, le shiatsu et une autre manière de regarder le corps
Ma découverte de Michel Odoul est également liée au shiatsu. La personne qui m’avait conseillé son livre m’avait aussi parlé de cette pratique. Elle m’avait notamment expliqué que l’auteur avait fondé une école consacrée au shiatsu.
Michel Odoul est effectivement le fondateur de l’Institut Français de Shiatsu. Il a également publié plusieurs ouvrages sur cette discipline, dont une série consacrée au Shiatsu fondamental. Il intervient aussi comme formateur et conférencier.
Ce n’est pas Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi qui m’a, à lui seul, décidé à commencer une initiation au shiatsu. En revanche, la découverte du livre et du parcours de son auteur a renforcé ma curiosité. J’ai alors commencé à m’intéresser davantage à une vision plus globale du corps.
Depuis, je découvre progressivement les notions de Qi, de méridiens et certains principes issus de la médecine traditionnelle chinoise. J’en parle plus en détail dans mon article Comprendre le shiatsu : une autre manière d’écouter le corps. J’y partage cette découverte avec le regard de quelqu’un qui reste encore au début de son apprentissage.
Ces différents chemins se rejoignent finalement autour d’une même interrogation. Peut-on prendre soin de ce qui nous fait mal tout en cherchant à mieux comprendre ce que nous traversons ?
Lire Michel Odoul sans transformer sa grille en diagnostic
C’est probablement le point le plus important pour moi aujourd’hui.
Je crois qu’il serait dommage de lire Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi comme un dictionnaire permettant d’expliquer avec certitude l’origine de chaque maladie. Une personne qui souffre n’a pas besoin qu’on lui affirme qu’elle est responsable de ce qui lui arrive ou qu’elle n’aurait simplement pas compris un message envoyé par son corps.
Une douleur mérite d’abord d’être prise au sérieux pour ce qu’elle est. Selon sa nature, sa durée ou son intensité, elle peut nécessiter un avis médical, des examens ou un traitement. Une lecture symbolique ne doit pas retarder ces démarches.
C’est précisément pour cela que j’ai voulu développer plus largement cette question dans mon article Douleurs et émotions : peut-on écouter autrement ce que le corps exprime ? J’y distingue davantage ce que l’on sait de la douleur, ce que les émotions peuvent influencer et ce qui relève ensuite d’une interprétation symbolique ou spirituelle.
À l’inverse, lorsque le suivi médical est assuré, je ne vois pas forcément de contradiction à s’interroger également sur son vécu. Certaines personnes passent parfois beaucoup de temps à chercher pourquoi elles ne se sentent pas bien. Dans ce contexte, explorer en complément son stress, ses émotions, son rythme de vie ou certaines pratiques complémentaires peut éventuellement ouvrir d’autres pistes de réflexion.
C’est ainsi que je considère le livre de Michel Odoul : non pas comme une réponse qui viendrait remplacer les autres, mais comme une invitation à poser des questions différentes.
Pourquoi je conseillerais aujourd’hui cette lecture
Depuis ma première lecture, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi a surtout attisé ma curiosité.
Il m’a donné envie d’en savoir davantage sur le corps, sur les approches énergétiques et, progressivement, sur le shiatsu. Il a aussi changé un réflexe très simple : lorsqu’une douleur apparaît, je ne me demande plus uniquement comment la faire disparaître. Je peux également prendre quelques instants pour observer ce qui se passe autour d’elle.
Que vivais-je lorsqu’elle est apparue ? Y avait-il une situation particulièrement difficile ? Une tension que je n’arrivais pas à résoudre ? Est-ce qu’une correspondance proposée par Michel Odoul vient réellement faire écho à mon histoire, ou est-ce que je cherche simplement à lui donner du sens ?
La dernière question est aussi importante que les autres.
Car lire ce type d’ouvrage demande, selon moi, deux qualités qui peuvent sembler opposées : de l’ouverture et du recul. Être suffisamment ouvert pour accepter qu’une autre manière de comprendre le corps puisse nous apprendre quelque chose, mais garder suffisamment de recul pour ne pas transformer chaque correspondance en vérité.
Il n’est pas nécessaire d’adhérer à tout ce que propose Michel Odoul pour que son livre nous amène à nous poser des questions auxquelles nous n’avions jamais pensé.
Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Pour certaines personnes qui cherchent depuis longtemps à mieux comprendre ce qu’elles vivent, cette lecture pourra peut-être ouvrir une nouvelle voie en complément de leur suivi médical. Elle ne donnera pas forcément une réponse. Elle pourra cependant inviter à observer autrement certaines situations et, éventuellement, à prendre conscience de quelque chose qui mérite d’évoluer dans leur vie.
C’est finalement ce que ce livre a fait pour moi : il ne m’a pas donné un mode d’emploi de mon corps. Il m’a appris à commencer à l’écouter autrement.
Un Autre Nord
À chacun de trouver le sien.




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