Depuis quelque temps, je m’interroge davantage sur la manière dont le corps exprime ce que nous traversons. Une tension, une fatigue persistante ou une sensation d’inconfort peuvent avoir des causes très diverses, mais elles nous invitent parfois à ralentir et à porter attention à ce qui se passe en nous.
Cette interrogation m’a également conduit à réfléchir plus largement au lien entre douleurs et émotions, sans pour autant chercher une explication symbolique à chaque douleur.
Cette manière d’interroger ce que le corps exprime rejoint aussi certaines de mes lectures, notamment celle de Michel Odoul que je présente dans Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi.
C’est dans cette démarche que j’ai commencé une initiation au shiatsu. Je tiens à employer ce terme avec précision. Il ne s’agit pas d’une formation complète de praticien, mais d’une première découverte structurée de la pratique. J’en explore progressivement l’histoire, les principes et les bases.
Je ne me présente donc pas comme un expert. Je partage simplement ce que je découvre, avec le regard de quelqu’un qui apprend encore. Cette initiation m’ouvre peu à peu à une autre manière d’entrer en relation avec le corps.
Qu’est-ce que le shiatsu ?
Le mot « shiatsu » signifie littéralement « pression des doigts ». Il désigne une pratique manuelle japonaise qui utilise notamment des pressions, des étirements et différentes manipulations corporelles.
Dans l’approche qui m’est enseignée, le shiatsu cherche à favoriser l’équilibre du corps et la circulation du Qi. Il ne s’agit donc pas seulement d’agir sur une zone douloureuse ou contractée, mais de considérer la personne dans son ensemble.
Cette vision globale est l’un des éléments qui m’intéressent le plus. Le corps n’y est pas vu comme un ensemble de muscles, d’articulations et d’organes séparés. Au contraire, chaque partie serait liée aux autres et participerait à un équilibre global en constante évolution.
Le shiatsu ne remplace pas une consultation médicale, un diagnostic ou un traitement prescrit par un professionnel de santé. Il appartient au domaine des pratiques complémentaires et doit être présenté comme tel.
Une pratique japonaise aux racines chinoises
Aujourd’hui associé au Japon, le shiatsu puise une partie de ses racines dans la médecine traditionnelle chinoise. Il s’est aussi développé sous l’influence de pratiques manuelles comme l’Anma, l’Ampuku et le Do In.
L’histoire présentée dans mon initiation mentionne notamment la publication de Shiatsu Ho par Tamai Tempaku en 1919. Tokujiro Namikoshi est, quant à lui, considéré comme l’un des fondateurs du shiatsu moderne. La pratique a ensuite été officiellement reconnue comme une thérapie distincte au Japon en 1964.
Cette évolution montre que le shiatsu ne s’est pas construit en un seul instant. Sa forme actuelle résulte de plusieurs influences, entre traditions anciennes et formalisation plus récente.
Il existe d’ailleurs différentes écoles de shiatsu. Toutes n’accordent pas la même importance aux mêmes notions ni aux mêmes techniques. L’approche que je découvre actuellement constitue donc une porte d’entrée. Elle ne prétend pas présenter tout ce que peut recouvrir le shiatsu.
Le Qi, une notion centrale
Le Qi occupe une place importante dans la médecine traditionnelle chinoise et dans de nombreuses approches du shiatsu. Il est généralement présenté comme une énergie vitale qui anime, transforme, protège et relie les différentes parties du corps.
Dans le premier module de mon initiation, le Qi est aussi décrit comme quelque chose qui circule et transmet de l’information.
Cette notion peut paraître abstraite lorsque l’on la découvre. Elle ne correspond pas exactement à une substance que l’on pourrait isoler ou mesurer de manière simple. Elle appartient à une conception traditionnelle du vivant, dans laquelle la santé dépend notamment de la qualité des circulations et de l’équilibre entre différentes forces.
Je préfère donc ne pas chercher à traduire trop vite le Qi avec des termes scientifiques modernes. Le considérer comme une grille de compréhension propre à la médecine chinoise me semble plus juste.
Dans cette perspective, le praticien ne chercherait pas seulement à faire disparaître une tension. Il tenterait d’observer comment le corps s’organise, où certaines circulations semblent moins fluides et de quelle manière l’ensemble peut retrouver davantage d’équilibre.
Le Yin et le Yang, deux forces complémentaires
On représente souvent le Yin et le Yang par un symbole circulaire noir et blanc. Très connue, cette image donne parfois l’impression de montrer deux forces simplement opposées.
Pourtant, dans la pensée chinoise, le Yin et le Yang fonctionnent ensemble. Ils s’opposent, se complètent et dépendent l’un de l’autre. Chacun contient une part de son opposé et peut évoluer progressivement vers lui.
Le Yin renvoie notamment à l’intérieur, au repos, au froid, à la profondeur et au sang. À l’inverse, le Yang évoque davantage l’extérieur, l’activité, la chaleur et le Qi. Dans cette approche, on relie plutôt les zones internes et antérieures du corps au Yin. Le dos et les surfaces externes correspondent davantage au Yang.
L’objectif ne consiste pas à supprimer l’un au profit de l’autre. Nous avons besoin d’activité comme de repos, de chaleur comme de fraîcheur, d’ouverture comme de retour vers l’intérieur.
Ce qui est recherché, c’est un ajustement permanent. L’équilibre n’est donc pas un état immobile que l’on atteindrait une fois pour toutes. Il ressemble davantage à une capacité d’adaptation.
Cette idée me semble particulièrement intéressante dans notre vie quotidienne. Nous cherchons parfois à fonctionner toujours sur le même mode : rester actifs, efficaces et disponibles, même lorsque le corps réclame autre chose. La logique du Yin et du Yang nous rappelle que le repos ne s’oppose pas à l’action : il la rend aussi possible.
Les méridiens, un réseau à travers le corps
La médecine traditionnelle chinoise décrit un ensemble de voies énergétiques appelées méridiens. Le premier module de mon initiation présente douze méridiens principaux, disposés de manière symétrique et reliés chacun à un organe.
Les méridiens Yin suivent principalement l’avant du corps et les faces internes des membres. Les méridiens Yang passent plutôt par l’arrière et les faces externes.
Il faut cependant les distinguer des nerfs, des vaisseaux sanguins et des structures anatomiques décrites par la médecine occidentale. Les méridiens appartiennent à une autre représentation du corps. Ils relèvent d’une autre manière de penser l’organisation du corps.
En shiatsu, le praticien exerce notamment des pressions le long de ces trajets. Il ne cherche pas forcément à agir uniquement sur la zone où apparaît une gêne. Il prend aussi en compte le réseau auquel cette zone se rattache.
Cette manière de procéder peut surprendre. Lorsqu’une partie du corps nous fait souffrir, nous avons naturellement tendance à vouloir agir directement dessus. Le shiatsu invite parfois à élargir le regard et à considérer les relations entre plusieurs zones.
Une main agit pendant que l’autre écoute
Parmi les premières notions pratiques que je découvre, la technique à deux mains occupe une place importante.
Une main est décrite comme réceptrice et associée au Yin. Elle reste en contact, écoute et recueille des informations par le toucher. L’autre main est active et associée au Yang. Elle exerce une pression ou crée une tension.
Cette distinction montre que le shiatsu ne repose pas seulement sur la force appliquée. Le toucher sert aussi à percevoir, à comparer et à s’adapter.
L’enseignement insiste notamment sur le fait qu’il faut s’arrêter dès que la tension devient perceptible. Une pression trop importante peut réduire la précision du ressenti et empêcher d’écouter réellement la réponse du corps.
Cette notion m’intéresse particulièrement, car elle transforme la manière de comprendre le geste. Il ne s’agit pas d’imposer quelque chose au corps ni de chercher à le contraindre. Le geste doit rester attentif à ce qui est reçu sous la main.
Toucher ne consiste pas seulement à agir sur le corps. C’est aussi apprendre à écouter ce qu’il nous répond.
Pressions, étirements et tissu conjonctif
Mon initiation aborde également le tissu conjonctif, présenté comme un réseau qui relie et enveloppe les différentes structures du corps.
Les pressions et les étirements utilisés en shiatsu chercheraient notamment à favoriser sa souplesse et à libérer certaines tensions.
Cette image d’un réseau continu invite à voir le corps comme un ensemble dont les différentes parties interagissent. Une tension localisée peut alors avoir des effets ailleurs, puisque les tissus restent en continuité les uns avec les autres.
La fiche aborde aussi la piézoélectricité. Ce phénomène correspond à l’apparition d’une polarisation électrique dans certains matériaux soumis à une pression ou à une contrainte. Le premier module ne fait toutefois qu’introduire cette notion. Il serait donc prudent de l’approfondir avant de la relier aux effets du shiatsu.
À ce stade de mon apprentissage, je préfère donc la présenter comme une piste abordée dans le cours, sans prétendre en expliquer toutes les implications.
Ce que cette initiation change dans mon regard
Je n’en suis encore qu’au début de cette découverte. Pourtant, certains principes modifient déjà ma manière de penser le corps.
Le premier est l’importance de l’écoute. Nous pouvons facilement considérer une douleur ou une tension comme un obstacle qu’il faudrait faire disparaître le plus rapidement possible. Le shiatsu propose d’abord de prendre le temps d’observer ce qui est présent.
Le deuxième est la notion de relation. Une partie du corps n’existe jamais complètement seule. Les méridiens, le tissu conjonctif et l’équilibre Yin-Yang proposent chacun, à leur manière, une vision fondée sur les liens.
Le troisième est la recherche de justesse. Une pression plus forte n’est pas nécessairement plus efficace. L’attention, la présence et la capacité à ressentir semblent occuper une place aussi importante que le geste lui-même.
Cette initiation ne fait pas de moi un praticien et ne me donne pas la légitimité nécessaire pour accompagner des personnes comme pourrait le faire un professionnel formé pendant plusieurs années. Elle m’offre en revanche des repères pour comprendre autrement le toucher, l’équilibre et la manière dont nous pouvons entrer en relation avec notre propre corps.
Découvrir sans chercher à tout croire
Certaines notions du shiatsu, comme le Qi ou les méridiens, peuvent entrer facilement en résonance avec notre vision du monde. D’autres peuvent susciter davantage de questions ou de réserves.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de tout accepter immédiatement pour s’intéresser à cette pratique. Nous pouvons découvrir une tradition, observer ce qu’elle propose et conserver notre discernement.
Le shiatsu se situe au croisement de plusieurs dimensions : une histoire japonaise, des racines chinoises, une pratique corporelle et une certaine conception de l’énergie. Le réduire à une seule de ces dimensions ferait probablement perdre une partie de sa richesse.
Mon intention, à travers cette première présentation, n’est donc pas d’affirmer que le shiatsu détient une vérité définitive sur le corps. Je souhaite simplement partager les fondations d’une pratique que je commence à découvrir et qui m’invite déjà à poser un autre regard sur ce que le corps exprime.
Peut-être que l’essentiel ne consiste pas toujours à comprendre immédiatement chaque notion, mais à apprendre progressivement à être plus attentif à ce qui se passe en nous.
Un Autre Nord
À chacun de trouver le sien.




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