Hyperempathie : ressentir les émotions des autres ?

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Hyperempathie : pourquoi certaines émotions semblent-elles ne pas nous appartenir ? Entre empathie, contagion émotionnelle et vécu personnel.

Personne assise face à un paysage lumineux entourée de silhouettes symbolisant les émotions des autres

Il m’est arrivé de ressentir une tristesse ou une angoisse avec une telle intensité que je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait en moi. Rien, dans ma propre vie à cet instant, ne semblait pouvoir expliquer cette émotion. C’est notamment à travers ce genre d’expériences que j’ai découvert le mot hyperempathie et commencé à me demander si tout ce que nous ressentons nous appartient forcément.

Pendant longtemps, ma définition de l’empathie était beaucoup plus simple. Pour moi, être empathique signifiait être capable de comprendre ce que traverse quelqu’un, d’imaginer sa peine et d’être touché par ce qui lui arrive. Je ne pensais pas vraiment qu’une émotion pouvait devenir suffisamment forte pour donner l’impression de la vivre soi-même.

Aujourd’hui encore, je reste prudent avec les mots que j’utilise. Je parle ici d’hyperempathie parce que c’est le terme qui a été employé à mon sujet et qu’il correspond assez bien à certaines de mes expériences. Je ne l’utilise toutefois pas comme un diagnostic, mais comme une façon de mettre des mots sur une question qui continue de m’accompagner : comment savoir si une émotion vient réellement de nous ?

De l’empathie à l’impression d’absorber l’émotion de l’autre

Les recherches sur l’empathie montrent justement qu’elle ne correspond pas à un phénomène unique. Certains travaux distinguent notamment une dimension cognitive, qui permet de comprendre ce qu’une autre personne peut ressentir, et une dimension affective, dans laquelle nous partageons davantage son état émotionnel. Une notion proche, la contagion émotionnelle, décrit également la manière dont l’état émotionnel d’une personne peut influencer celui d’une autre.

Cette distinction me parle parce qu’elle correspond assez bien à l’évolution de ma propre compréhension. Je pensais autrefois que l’empathie consistait surtout à se mettre à la place de quelqu’un. Puis j’ai commencé à vivre des moments où il ne s’agissait plus seulement de comprendre une souffrance : j’avais l’impression qu’elle prenait véritablement de la place en moi.

Cela ne signifie évidemment pas que l’émotion venait nécessairement de l’autre. Nous pouvons être profondément touchés par une histoire, projeter nos propres peurs ou être particulièrement réceptifs à certains événements. Mais lorsque cela se produit plusieurs fois et avec une intensité inhabituelle, la question finit naturellement par se poser.

Quand je ne comprenais plus pourquoi j’étais aussi bouleversé

L’une des expériences qui m’a le plus marqué est survenue après un accident mortel près de chez moi. Je ne connaissais pas personnellement l’homme qui venait de perdre la vie. Pourtant, dans les jours qui ont suivi, quelque chose de très fort se produisait lorsque je rentrais chez moi : plus je me rapprochais du lieu, plus une tristesse profonde et une forme d’angoisse montaient en moi.

Un soir, cette sensation est devenue tellement forte que je suis resté dans ma voiture, incapable d’en sortir normalement. J’ai fini par me rapprocher du lieu de l’accident et par parler intérieurement à cet homme, selon mes propres croyances. Après cela, je me suis senti beaucoup plus calme. J’ai déjà développé ailleurs ma manière de vivre ce rapport aux personnes décédées ; ce n’est donc pas cette dimension que je souhaite approfondir ici. Si vous le souhaitez, vous pouvez lire l’article où l’on se demande si nous pouvons parler à un défunt.

Quelque temps plus tard, j’ai rencontré une proche de cet homme. Nous ne nous connaissions pas et elle traversait évidemment une période particulièrement douloureuse. Pourtant, pendant notre conversation, les mots me venaient avec une fluidité inhabituelle, comme si je savais simplement ce que je devais dire. Une fois l’échange terminé, toute la tension est retombée brutalement et j’ai beaucoup pleuré, mais cette fois avec une impression de soulagement.

D’autres situations ont provoqué chez moi des réactions comparables. Il m’est arrivé d’être bouleversé après être passé à proximité d’un accident impliquant des inconnus, ou de ressentir une tristesse très forte en découvrant certains drames. Je ne veux pas accumuler les exemples comme s’ils constituaient des preuves. Ce qui m’intéresse davantage est le constat qui s’est progressivement imposé : certaines histoires semblaient m’atteindre bien au-delà de ce que je considérais jusque-là comme de la compassion.

Une expérience qui a changé ma manière de regarder l’hyperempathie

Une autre histoire a joué un rôle important dans mon cheminement. J’en ai déjà évoqué une partie dans mon article consacré à la différence entre intuition et peur, à travers la recherche d’une personne disparue.

Pendant ces recherches, une personne de mon entourage disait ressentir à distance ce que vivait l’homme que nous cherchions. Elle parlait de sa peur, de son épuisement et de douleurs physiques. Elle décrivait aussi certains éléments du lieu où il pouvait se trouver. Plusieurs de ces indications avaient été données avant qu’il soit retrouvé.

Lorsque nous l’avons finalement retrouvé vivant, certains éléments m’ont profondément troublé. Le terrain présentait plusieurs ressemblances avec ce qui avait été décrit auparavant. Son état physique faisait également écho à certaines douleurs ressenties par cette personne pendant les recherches.

Je peux raconter la chronologie de ce que j’ai vécu et entendu. En revanche, je ne peux pas démontrer l’origine de ces perceptions. Je ne peux pas non plus affirmer qu’une personne ressentait réellement à distance ce qu’une autre était en train de vivre. Cette expérience reste pourtant déterminante pour moi, car elle a élargi ma manière de réfléchir à l’empathie.

Elle m’a également montré que nous ne semblions pas vivre exactement la même chose. Chez cette personne, les perceptions pouvaient être physiques ou visuelles, parfois malgré une grande distance. De mon côté, je remarque surtout des émotions. Leur intensité semble davantage liée à la proximité d’un événement ou à l’attention que je lui accorde.

Apprendre à ne plus me laisser envahir

Au début, je ne faisais aucune distinction. Lorsqu’une tristesse ou une angoisse apparaissait, je pensais simplement qu’elle était la mienne. Je cherchais alors à comprendre pourquoi j’allais soudainement aussi mal. Puis l’idée d’hyperempathie est entrée dans mon cheminement. J’ai presque basculé dans l’excès inverse : dès qu’une émotion devenait trop forte, je me demandais si elle venait vraiment de moi.

Cette période n’a pas été particulièrement confortable. Une disparition ou un décès pouvait rapidement occuper beaucoup de place dans mes pensées. Plus je cherchais des informations sur la personne ou sur ce qui s’était passé, plus je sentais l’émotion monter, jusqu’à parfois me laisser complètement submerger.

Avec le temps, j’ai appris à fonctionner autrement. Lorsque je sens une émotion de ce type apparaître, je peux aujourd’hui me demander : « Est-ce que cela m’appartient réellement ? » Cette question ne me donne pas une réponse objective et elle n’a rien d’un test permettant de déterminer l’origine d’une émotion. Elle m’aide surtout à créer une distance entre ce que je ressens et ce que je décide d’en faire.

J’ai également compris que ressentir quelque chose ne signifiait pas nécessairement que je devais intervenir. Pendant un temps, lorsque je voyais l’annonce d’une disparition ou d’un drame et que j’étais profondément touché, j’avais tendance à penser que cette émotion constituait peut-être un appel à agir. Je me rends compte aujourd’hui que cette association était beaucoup trop rapide.

Cette évolution rejoint ce que j’avais déjà constaté à propos de l’intuition : l’intensité d’un ressenti ne suffit pas à nous renseigner sur son origine. J’essaie donc moins de chercher immédiatement une explication et davantage d’observer ce qui se passe en moi.

Peut-on vraiment savoir d’où vient une émotion ?

C’est probablement la question à laquelle je suis le moins capable de répondre définitivement. La psychologie offre plusieurs pistes pour comprendre pourquoi nous pouvons être profondément affectés par l’état émotionnel d’autrui. L’empathie affective et la contagion émotionnelle montrent notamment que la frontière entre ce que nous observons chez l’autre et ce que nous ressentons nous-mêmes peut être plus subtile qu’elle n’en a l’air.

Notre histoire personnelle intervient probablement elle aussi. Je constate par exemple que je suis aujourd’hui beaucoup plus facilement ému qu’autrefois, y compris lors d’événements heureux. Là où j’aurais auparavant contenu certaines émotions, il peut maintenant m’arriver d’avoir les larmes aux yeux pendant un moment particulièrement fort pour des proches.

Cela m’oblige à rester prudent avec mes propres interprétations. Peut-être que certaines barrières que j’avais construites au fil des années tombent progressivement et que je ressens simplement davantage mes propres émotions. Peut-être que je suis également plus attentif à celles des autres. Et certaines expériences continuent malgré tout de me laisser avec des questions auxquelles ces explications ne suffisent pas entièrement.

Dans ma spiritualité, je laisse donc ouverte la possibilité que certaines perceptions aillent plus loin. Cette lecture m’appartient et je ne cherche pas à en faire une vérité générale. Une autre personne pourrait vivre une expérience similaire et l’interpréter uniquement à travers l’empathie, la psychologie ou son propre fonctionnement émotionnel.

Ressentir davantage sans tout porter

Le changement le plus important n’est finalement peut-être pas d’avoir trouvé une définition parfaite de l’hyperempathie. C’est plutôt d’avoir compris que je pouvais ressentir très fortement quelque chose sans devoir automatiquement le porter, l’expliquer ou agir dessus. Cette distinction m’a permis de retrouver une forme d’équilibre.

Aujourd’hui, lorsque je sens qu’une histoire commence à m’envahir, je peux choisir de prendre du recul. Je n’ai pas besoin de rechercher chaque détail d’un accident ou d’une disparition simplement parce que quelque chose en moi réagit. Cette distance ne me rend pas indifférent. Elle m’aide surtout à ne pas porter toutes les souffrances auxquelles je suis confronté.

Je continue malgré tout à considérer cette sensibilité comme quelque chose de précieux. Dans ma propre spiritualité, j’aime penser qu’une capacité que nous apprenons à mieux comprendre peut aussi servir les autres. Je préfère toutefois parler de possibilité plutôt que de mission. Chacun reste libre de donner son propre sens à ce qu’il vit.

Finalement, une question m’intéresse davantage que celle de savoir si nous sommes ou non « hyperempathiques ». Lorsque quelque chose nous traverse avec une intensité inhabituelle, pouvons-nous l’observer sans nous identifier immédiatement à cette émotion ? C’est là que se trouve aujourd’hui l’essentiel pour moi : écouter ce qui se passe, garder du recul et accepter que certaines réponses demandent du temps.

Un Autre Nord
À chacun de trouver le sien.

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